Comment est décomposé un baril de pétrole brut ?
L’or noir : comprendre comment est décomposé un baril de pétrole brut, ce qu’il contient et les enjeux pour le futur.
Sur les marchés financiers et dans le langage de tous les jours on parle souvent du prix du baril de pétrole, sans vraiment savoir ce qu’il contient vraiment.
Le pétrole brut, dit « l’or noir » est extrait du sous-sol de la Terre. Il est loin d’être un produit uniforme : il s’agit d’un mélange complexe d’hydrocarbures dont le raffinage permet de produire non seulement des carburants mais aussi des plastiques, des bitumes ou encore des lubrifiants.
Mais que contient réellement un baril de pétrole brut ? Quelle part revient à l’essence, au diesel ou au kérosène ? Et comment cette répartition évolue-t-elle avec la transition énergétique ?
Un baril de pétrole brut, c’est quoi au juste ?
Le baril de pétrole est avant tout une unité de mesure utilisée sur les marchés mondiaux.
1 baril c’est 159 litres de pétrole brut, équivalent à 42 gallons américain. Il ne s’agit pas d’un conteneur physique utilisé aujourd’hui, mais d’une norme commerciale historique.
Cette unité sert de base au prix du pétrole brut, coté sur les principales places de marché (Brent en Europe, WTI aux États-Unis, Dubaï Crude au Moyen-Orient).
Cependant, ces 159 litres de brut ne sont pas intégralement transformés en produits exploitables. Le raffinage entraîne des pertes et des rendements variables selon la qualité du pétrole.
Le pétrole brut : une matière première complexe
Le pétrole brut n’est pas une substance unique. C’est un mélange naturel complexe de plusieurs milliers de composés chimiques, principalement des hydrocarbures (molécules de carbone et d’hydrogène).
Sa composition dépend de plusieurs facteurs :
- la provenance géographique (Arabie Saoudite, Texas, Mer du Nord…) ;
- la densité (pétrole léger ou lourd) ;
- la teneur en soufre (pétrole doux ou acide).
Ces différences de composition influencent directement le coût et la facilité de raffinage.
Le raffinage : la clé de la décomposition du baril
Qu’est-ce que le raffinage ? C’est le processus industriel qui permet de séparer le pétrole brut en produits utilisables.
Le pétrole brut, tel qu’il sort du puits, n’a que peu d’utilité directe.
Il doit passer par une série d’opérations complexes regroupées sous le terme de raffinage.
Le but du raffinage est de séparer les composants du brut selon leur poids moléculaire et leur point d’ébullition, puis de convertir certaines fractions lourdes en produits plus légers et plus demandés.
Le raffinage comporte 4 étapes :
Distillation atmosphérique :
Le pétrole est chauffé à environ 350 °C dans une tour de distillation.
Les vapeurs se condensent à différents étages selon leur température d’ébullition.
→ On sépare ainsi les gaz, essences légères, kérosènes, gasoils et résidus lourds.
Distillation sous vide :
Les résidus de la première étape sont chauffés sous pression réduite pour récupérer des huiles lourdes et du fioul.
Conversion (craquage, reformage, hydrocraquage) :
Ces procédés chimiques transforment les molécules lourdes en molécules plus légères — par exemple, du fioul en essence.
→ C’est ici que la raffinerie “optimise” la composition du baril selon la demande du marché.
Traitements et purification :
Les produits sont désoufrés, désazotés et stabilisés pour respecter les normes environnementales et techniques.
La décomposition moyenne d’un baril de pétrole brut
Une fois raffiné, un baril de pétrole brut se répartit en plusieurs familles de produits.
Voici une estimation moyenne pour un pétrole léger de type Brent :
| Produit raffiné | Part approximative | Usage principal |
| Essence (gasoline) | 45 % | Carburant pour voitures |
| Diesel et gazole | 25 % | Transport routier et maritime |
| Kérosène | 10 % | Carburant d’aviation |
| Fioul lourd | 5 % | Chauffage industriel, électricité |
| GPL (propane, butane) | 3 % | Chauffage domestique, industrie |
| Naphta | 2 % | Plastiques, solvants, chimie |
| Résidus lourds et bitumes | 10 % | Routes, lubrifiants, produits chimiques |
Notons que ces proportions varient selon la qualité du pétrole et la demande du marché.
Des produits invisibles mais omniprésents
Le pétrole n’est pas seulement utilisé comme une source d’énergie : il est présent dans de nombreux objets du quotidien.
Environ 15 % d’un baril sert à produire des biens non énergétiques, comme :
- le naphta, utilisé pour fabriquer plastiques, fibres synthétiques, solvants, cosmétiques, etc. ;
- les résidus lourds, transformés en asphalte pour les routes ;
- ou encore des lubrifiants et produits pharmaceutiques.
En étudiant la décomposition d’un baril nous pouvons voir que le pétrole se cache partout : dans nos vêtements, nos smartphones, nos emballages, et même certains médicaments.
L’évolution de la composition d’un baril
Toutefois la décomposition d’un baril de pétrole n’est pas fixe : elle s’adapte aux besoins économiques et aux politiques énergétiques.
- Dans les années 1950 à 1970, la majorité du brut était transformée en fioul domestique pour le chauffage et en fioul lourd pour la production d’électricité
- Aujourd’hui, la priorité est donnée aux carburants de transport (essence, diesel, kérosène), qui représente plus de 70% de la demande totale.
- Demain, avec la transition énergétique, la production se déplacera vers les produits pétrochimiques (matières plastiques, engrais, solvants, etc.).
Les raffineries les plus modernes s’adaptent déjà pour intégrer biocarburants, hydrogène vert ou pétrole recyclé.
Le défi environnemental : vers un baril plus vert
Le raffinage du pétrole est un processus énergivore et émetteur de CO₂.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le raffinage représente environ 6 % des émissions mondiales de CO₂ du secteur énergétique.
Pour répondre à ce défi, les acteurs du secteur développent plusieurs axes :
L’amélioration de l’efficacité énergétique des raffineries.
L’intégration de biocarburants (huile végétale hydrotraitée, carburants de synthèse).
La capture et le stockage du carbone (CCS) dans les sites industriels.
Le recyclage chimique des plastiques pour réinjecter la matière dans le cycle du raffinage.
Certaines raffineries dites « bioraffineries » produisent déjà des carburants à partir de déchets organiques ou d’huiles usagées, un pas vers un baril plus durable.
La valeur économique d’un baril raffiné
Un baril de pétrole brut vendu 80 dollars sur les marchés peut générer, après raffinage, plus de 130 à 150 dollars de produits finis.
Cependant, le coût du raffinage (énergie, maintenance, taxes environnementales) réduit cette marge.
Répartition indicative du prix d’un litre d’essence en Europe :
- 45 % : taxes et accises
- 35 % : prix du brut
- 15 % : raffinage et transport
- 5 % : marge de distribution
Ces chiffres montrent que la valeur ajoutée réelle d’un baril réside dans sa transformation industrielle et logistique, bien plus que dans la simple extraction.
Conclusion :
Un baril de pétrole brut n’est pas qu’une source d’énergie, c’est une mosaïque de produits essentiels à nos transports, à notre industrie et à notre quotidien.
Derrière chaque baril de pétrole brut se cache une chaîne industrielle complexe, un défi énergétique majeur et un enjeu climatique global.
Le pétrole reste aujourd’hui au cœur de notre économie mondiale, mais aussi au centre des défis climatiques à venir.
Avec des réserves de pétrole brut estimées à environ 1 732 milliards de baril, soit environ 50 ans de production mondiale au rythme actuel, mais aussi face à l’urgence environnementale, la décomposition future du pétrole brut devra évoluer vers un modèle plus sobre, plus propre et plus durable.
Comprendre la décomposition d’un baril, c’est comprendre l’équilibre délicat entre industrie, économie et environnement.
