Tout savoir sur les produits structurés
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Tout savoir sur les produits structurés
Les produits structurés : entre quête de rendement et ingénierie financière sophistiquée
Longtemps réservés aux investisseurs institutionnels et aux grandes fortunes, les produits structurés se sont progressivement démocratisés. Banques privées, réseaux bancaires traditionnels et plateformes patrimoniales en proposent désormais largement à une clientèle de particuliers à la recherche de rendement dans un environnement financier incertain. Derrière leur apparente complexité, ces instruments répondent à un objectif simple : offrir un couple rendement/risque ajusté aux conditions de marché.
Un environnement propice à leur essor
Le développement des produits structurés s’inscrit dans un contexte macrofinancier bien particulier. Depuis la crise financière de 2008, puis la longue période de taux d’intérêt historiquement bas, les investisseurs ont été confrontés à un dilemme : comment générer du rendement sans s’exposer pleinement aux marchés actions ?
Les produits structurés ont alors constitué une alternative attractive. En combinant une obligation (pour la protection partielle ou totale du capital) et un ou plusieurs produits dérivés (pour la performance), ils permettent de construire des profils de rendement sur mesure.
La remontée des taux d’intérêt depuis 2022 a d’ailleurs renforcé leur attractivité. Des taux plus élevés améliorent la composante obligataire du produit, ce qui permet de proposer soit une meilleure protection du capital, soit des coupons plus généreux à risque équivalent. Résultat : les rendements faciaux offerts ont nettement progressé par rapport à la période de taux zéro.
Comment fonctionnent-ils ?
Un produit structuré est généralement adossé à un sous-jacent : indice boursier (Euro Stoxx 50, S&P 500), panier d’actions, taux d’intérêt, matières premières ou même fonds.
Le mécanisme le plus répandu est celui du produit à “barrière” avec coupon conditionnel :
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L’investisseur perçoit un coupon (par exemple 8 % par an) si le sous-jacent ne baisse pas au-delà d’un certain seuil (ex. -30 %).
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À l’échéance, le capital est remboursé intégralement si la baisse reste contenue dans cette barrière.
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En cas de chute plus marquée, l’investisseur subit la perte au-delà du seuil.
D’autres formats existent :
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Produits autocall : possibilité de remboursement anticipé si le sous-jacent dépasse un niveau prédéfini.
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Produits à capital garanti : protection totale à l’échéance, mais rendement plafonné.
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Produits de participation : exposition partielle ou amplifiée à la performance d’un actif.
L’ingénierie financière permet ainsi de moduler précisément les scénarios de gain et de perte.
Des volumes considérables en Europe
Le marché des produits structurés représente aujourd’hui des volumes significatifs à l’échelle mondiale. En Europe, les émissions annuelles se chiffrent en centaines de milliards d’euros. L’Allemagne, l’Italie, la France et la Suisse figurent parmi les marchés les plus actifs.
La France constitue l’un des principaux marchés en zone euro, avec plusieurs dizaines de milliards d’euros émis chaque année, aussi bien via les réseaux bancaires que via les contrats d’assurance-vie, où ces produits sont souvent logés en unités de compte.
À l’échelle mondiale, le marché dépasse largement les 1 000 milliards d’euros d’encours, avec une forte activité en Asie, notamment à Hong Kong et en Corée du Sud, où les investisseurs particuliers sont très friands de ces stratégies à coupon élevé.
Les avantages : rendement et visibilité
Le succès des produits structurés repose sur plusieurs atouts :
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Rendement attractif dans un marché latéral : ils permettent de capter un coupon même sans forte hausse des marchés.
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Scénarios prédéfinis : les conditions de gain et de perte sont connues à l’avance.
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Personnalisation : durée, barrière, niveau de coupon, sous-jacent.
Pour les conseillers patrimoniaux, ils constituent également un outil de diversification permettant de lisser le risque actions tout en évitant l’exposition directe.
Les risques à ne pas sous-estimer
Mais ces produits ne sont pas sans risques.
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Risque de marché : en cas de forte baisse du sous-jacent, la protection peut disparaître.
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Risque de crédit : l’investisseur dépend de la solidité de l’émetteur (banque).
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Risque de liquidité : la revente avant échéance peut se faire à des conditions défavorables.
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Complexité : la compréhension des scénarios nécessite une pédagogie rigoureuse.
Certaines périodes de forte volatilité ont rappelé que ces instruments, malgré leur apparente protection, restent des placements exposés aux marchés financiers.
Un outil devenu structurel dans l’allocation patrimoniale
Aujourd’hui, les produits structurés ne sont plus des instruments de niche. Ils se sont imposés comme une brique d’allocation à part entière, notamment dans les portefeuilles de clients patrimoniaux et dans l’assurance-vie.
Dans un monde marqué par l’incertitude géopolitique, la volatilité des marchés et la recherche persistante de rendement réel positif, ils apparaissent comme un compromis entre prudence et performance. À condition, toutefois, que l’investisseur en maîtrise pleinement les mécanismes.
Car derrière l’ingénierie financière sophistiquée, la règle demeure inchangée : le rendement est toujours la contrepartie d’un risque.
Tout savoir sur les produits structurés
Exemple : investissement dans un autocall sur l’Euro Stoxx 50
Profil de l’investisseur
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Montant investi : 10 000 €
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Durée maximale : 8 ans
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Sous-jacent : Euro Stoxx 50
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Type : produit autocall à coupon conditionnel
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Coupon : 8 % par an
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Barrière de protection du capital : -40 % (observée uniquement à l’échéance)
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Rappel anticipé possible chaque année
Mécanisme
Chaque année, à la date d’observation :
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Si l’indice est au moins à son niveau initial, le produit est automatiquement remboursé (“autocall”)
→ L’investisseur récupère son capital + 8 % par année écoulée -
Si l’indice est en baisse mais reste au-dessus de -40 %
→ Le produit continue jusqu’à l’année suivante -
À l’échéance finale (8 ans) :
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Si la baisse est inférieure à 40 % → capital intégralement remboursé
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Si la baisse est supérieure à 40 % → perte équivalente à la baisse de l’indice
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Scénarios possibles
Scénario 1 : marché stable ou en hausse modéréeAu bout de 2 ans, l’indice est à +3 %. → Remboursement anticipé Performance annualisée attractive sans forte hausse du marché. |
Scénario 2 : marché en légère baisseÀ l’échéance des 8 ans, l’indice affiche -20 %. → La barrière (-40 %) n’est pas touchée L’investisseur gagne malgré un marché négatif. |
Scénario 3 : crise majeureÀ l’échéance, l’indice affiche -50 %. → Barrière franchie La protection disparaît en cas de chute sévère. |
Pourquoi cet exemple est réaliste ?
Avec la remontée des taux depuis 2022, les produits structurés offrent aujourd’hui des coupons souvent compris entre 6 % et 10 % sur des indices comme l’Euro Stoxx 50 ou le S&P 500.
Ils sont généralement commercialisés via :
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contrats d’assurance-vie (unités de compte),
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comptes-titres,
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banques privées.
À retenir
Un produit structuré comme celui-ci n’est :
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ni une obligation,
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ni une action,
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mais un montage combinant les deux.
Il peut générer un rendement attractif dans un marché stable ou légèrement baissier, mais expose à un risque réel en cas de crise profonde.
